La question n’est plus marginale. Inflation persistante, tensions géopolitiques, dettes publiques records, instabilité monétaire : l’or revient au cœur des stratégies patrimoniales. Mais entre les discours anxiogènes et les promesses irréalistes, quelle place raisonnable donner au métal jaune dans un portefeuille d’épargne ?
Traditionnellement, les conseillers patrimoniaux recommandaient de limiter l’or à 5 à 10 % d’un portefeuille. Cette approche reposait sur un environnement de taux bas, de stabilité monétaire et de confiance élevée dans les marchés financiers. Or ce cadre a volé en éclats. Depuis 2020, l’or a plus que doublé en euros et enchaîne les records historiques, non par emballement spéculatif, mais par une tendance de fond. Selon le World Gold Council, les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par an en 2022 et 2023, un niveau inédit depuis cinquante ans, confirmant un basculement stratégique durable.
Dans ce nouveau cycle, envisager une allocation de 20 %, voire 25 % d’or dans une épargne de long terme n’a donc absolument plus rien d’extravagant. À ces niveaux, l’or ne joue plus seulement un rôle d’assurance, il devient un socle de stabilité patrimoniale. Contrairement aux actifs financiers, il n’est la dette de personne. Sur longue période, il a maintenu le pouvoir d’achat face à l’inflation : depuis 2001, et le passage à l’euro, son prix a été multiplié par sept, alors que les grandes monnaies ont perdu une part significative de leur valeur réelle.
Cette stratégie s’adresse toutefois à des profils précis. Elle concerne cinq types d’épargnants :
- Ceux qui cherchent à préserver leur capital sur 20, 30 voire 40 ans.
- Ceux qui doutent (légitimement) de la soutenabilité des dettes publiques, désormais supérieures à 100 % du PIB, comme c’est le cas pour la France, le Canada, le Royaume Uni, le Japon ou l’Italie.
- Ceux qui souhaitent réduire leur dépendance aux marchés actions et obligataires, de plus en plus corrélés en période de crise.
- Ceux qui estiment que les assurances-vie ne sont pas assez rentables.
- Ceux qui craignent une importante perte de revenus une fois à la retraite.
Reste la question de la forme de détention. À ces niveaux d’allocation, l’or physique s’impose. Les pièces reconnues et les lingots offrent une protection directe contre le risque financier et monétaire, à condition d’anticiper stockage et fiscalité. Dans ce cas, la location d’un coffre auprès de sa banque reste la solution la plus sécurisée pour quelques dizaines d’euros par mois.
En définitive, porter l’or à 20 ou 25 % d’un portefeuille n’est pas un pari alarmiste, mais une lecture pragmatique de l’époque. Dans un monde plus endetté, plus instable, plus fragmenté et plus incertain, le métal jaune cesse d’être un simple refuge ponctuel pour redevenir une réserve de valeur centrale, pensée pour le temps long.
Rédaction : Benjamin Cuq


