Vu de France, le chiffre frappe. 140 000 euros le kilo d’or : pour beaucoup d’épargnants, le métal jaune paraît hors de prix, voire inaccessible. Pourtant, cette perception est largement biaisée. À l’échelle mondiale, l’or n’est pas cher. Il est même, paradoxalement, encore sous-évalué pour une grande partie des investisseurs internationaux.
Le sentiment de cherté est avant tout une question de point de vue monétaire. En France (et en Europe), l’or est acheté avec une monnaie dont le pouvoir d’achat s’est érodé depuis des années, sous l’effet de l’inflation et de la fiscalité. Le prix en euros reflète autant la hausse de l’or que l’affaiblissement de la devise. Autrement dit, ce n’est pas seulement l’or qui monte : c’est l’euro qui baisse face à un actif réel et universel.
À l’inverse, pour un investisseur américain ou asiatique, la lecture est très différente. Aux États-Unis, l’or reste perçu comme un actif stratégique, au cœur des réserves des banques centrales et des grandes fortunes. Le dollar, bien que dominant, est émis en quantités massives pour financer déficits et dettes publiques, d’où la faiblesse chronique de son taux de change. Transformer une partie de ces liquidités en or n’est pas un luxe, mais une opération de gestion du risque. À ce niveau de prix, le kilo d’or reste abordable pour des acteurs disposant de flux financiers colossaux. Pour rappel : un tiers des ménages états-uniens gagnent plus de 150 000 euros par an, contre à peine plus de 1% en France.
Même logique en Chine. Pékin accumule des réserves de change depuis des décennies grâce à ses exportations. Fin 2025, le montant de ces réserves était de 3 358 milliards de dollars. Et comme le pays cherche à réduire sa dépendance au dollar, principale monnaie d’échange, les investisseurs chinois (particuliers comme institutionnels) achètent beaucoup d’or. En effet, le métal jaune est un moyen de convertir des masses de devises en un actif tangible, transportable et politiquement neutre. Rapporté à la taille des patrimoines et aux volumes de liquidités disponibles, 140 000 euros le kilo n’a rien d’excessif.
C’est là que réside le cœur du raisonnement : le prix de l’or est mondial, mais sa perception est locale. Tant que des zones entières du globe disposent de devises à recycler et d’une forte appétence pour le métal jaune, la demande structurelle reste soutenue. Les achats massifs des banques centrales depuis plusieurs années en sont la meilleure illustration.
Pour l’épargnant français, l’enjeu est donc de changer de grille de lecture. L’or n’est pas cher ou cher en soi : il est cher relativement à un revenu libellé en euros, mais bon marché face aux déséquilibres monétaires mondiaux. À long terme, ce sont les flux internationaux, et non le ressenti domestique, qui font le prix.
En définitive, l’or à 140 000 euros le kilo n’est pas un sommet irrationnel. C’est le reflet d’un monde où certaines monnaies abondent, où la confiance s’érode et où l’or reste l’actif ultime pour transformer de la devise en valeur réelle. Pour ceux qui pensent à l’échelle globale et sur le temps long, le métal jaune n’a sans doute pas encore dit son dernier mot et reste donc un investissement plus que jamais d’actualité.
Rédaction : Benjamin Cuq


