Face aux menaces tarifaires de Donald Trump liées à son projet autour du Groenland, les investisseurs se tournent massivement vers l’or. Guerre commerciale latente, faiblesse du dollar et montée des risques politiques expliquent l’envolée historique du métal jaune au cœur des marchés mondiaux.
Sur les marchés des matières premières, l’or ne cesse de battre des records. Le prix au comptant frôle désormais les 5 000 dollars l’once (31,10 grammes), en hausse de plus de 30 % depuis le début de l’année. Cette dynamique n’est pas portée par des signaux secondaires : elle est confirmée par les données de référence du marché, notamment celles compilées par le World Gold Council, organisme de premier ordre pour le suivi des flux et des stocks mondiaux d’or.
Au centre de ce mouvement, l’impulsion politique de Donald Trump autour du Groenland joue un rôle déterminant. Les menaces de droits de douane pouvant atteindre 25 % sur certaines importations européennes, brandies en cas d’opposition à un projet de cession du territoire, ont ravivé le risque d’une nouvelle guerre commerciale transatlantique. Ce type de signal est immédiatement intégré par les marchés globaux, en particulier par les investisseurs institutionnels.
L’impact est mesurable. En Europe, plusieurs indices actions ont corrigé de 2 à 4 % en quelques séances, tandis que les flux se sont déplacés vers des actifs défensifs. Dans le même temps, le dollar s’affaiblit : l’indice DXY (référence du billet vert face aux grandes devises) recule d’environ 6 % sur six mois. Une évolution largement commentée par les grandes banques d’investissement internationales. Historiquement, cette combinaison — tensions géopolitiques et dollar plus faible — constitue l’un des moteurs les plus robustes de la hausse de l’or.
Dans ce contexte, le métal jaune retrouve pleinement ses fonctions fondamentales : réserve de valeur, couverture contre l’érosion monétaire et actif décorrélé des décisions politiques nationales. Les anticipations de détente monétaire aux États-Unis renforcent cette dynamique. Les marchés monétaires intègrent désormais plus de 100 points de base de baisse des taux à horizon un an, sur la base des projections de la Réserve fédérale et des grandes institutions financières.
Au-delà du dossier groenlandais, le climat géopolitique global reste structurellement porteur. Fissures dans les alliances traditionnelles, retour des rapports de force commerciaux et défiance envers des politiques monétaires expansionnistes entretiennent un environnement favorable aux métaux précieux. Là encore, les données de premier ordre sont sans ambiguïté : selon le World Gold Council, les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par an depuis trois ans, un niveau historiquement élevé, révélateur d’une stratégie de long terme.
Pour l’investisseur, le message est limpide. Dans un monde marqué par la fragmentation politique, la création monétaire et la volatilité des devises, acheter de l’or revient à renforcer la partie la plus solide et la plus liquide d’un patrimoine. Non par réflexe idéologique, mais en s’appuyant sur les choix documentés des banques centrales et sur les flux observés par les institutions de référence du marché mondial de l’or.
Rédaction : Benjamin Cuq


