Le 15 avril 2026 –
Si dans l’esprit collectif, l’or reste un investissement de long terme, il semble désormais se comporter comme un actif de marché. Ballotté au niveau mondial par les atermoiements autour de la guerre en Iran, l’or a subi en mars 2026 de violents décrochages. Il n’a toutefois pas flanché. Son cours reste élevé. En France, toutefois, les réflexes spéculatifs sont freinés par la fiscalité qui pèse sur le métal jaune.
Une volatilité accrue de l’or sur les marchés financiers
La séquence récente sur l’or dit beaucoup de la transformation du métal jaune. Après avoir fortement corrigé en mars 2026 (au point de retomber à 3 649 € / 3360 CHF l’once, le 23 mars), il a rebondi début avril, au rythme des incertitudes autour du conflit avec l’Iran, des menaces, des trêves fragiles et des doutes sur la réouverture du détroit d’Ormuz. Autrement dit : même l’actif refuge par excellence n’échappe plus aux nerfs du marché.
L’ambiguïté entre valeur refuge et actif financier
C’est là toute l’ambiguïté de l’or moderne. Il reste un actif de protection sur longue période, mais à court terme il peut réagir comme un pur actif financier. Le World Gold Council explique que la chute de mars n’a pas été causée d’abord par un retournement des fondamentaux, mais par des besoins de liquidité.
Une correction liée aux mécanismes de marché
Étrange paradoxe, alors que les marchés redoutent un choc pétrolier de longue durée, une inflation plus forte et donc des taux d’intérêt durablement élevés, l’or peut reculer. En effet, le marché a forcé des ventes d’or : des investisseurs endettés ont réduit leurs positions, d’autres ont retiré leur argent des ETF (fonds cotés en bourse qui répliquent le prix de l’or, achetables comme une action), et beaucoup ont fermé leurs paris haussiers sur le COMEX (marché à terme où s’échangent des contrats sur l’or, influençant son prix mondial). Résultat : une baisse technique, brutale, sans remettre en cause l’intérêt de l’or physique à long terme. Autrement dit : dans une phase de tension, les investisseurs vendent parfois non pas ce qu’ils veulent, mais ce qu’ils peuvent.
Le rôle du World Gold Council dans l’analyse du marché
Le World Gold Council (WGC) ajoute un point important : les perturbations de flux au Moyen-Orient n’ont probablement pas eu, à elles seules, d’impact matériel majeur sur le prix mondial de l’or. Cela confirme que le moteur principal de la correction n’était pas la géopolitique brute, mais la mécanique de marché purement spéculative. D’ailleurs, début avril, le WGC a observé des signes plus favorables, avec un retour de flux positifs vers les ETF aurifères et une demande de couverture encore élevée.
L’or physique : un pilier de sécurité à long terme
Ces soubresauts des marchés financiers ne retirent rien au rôle stratégique de l’or. En effet, si l’or en tant que produit financier connaît les mêmes vicissitudes que les autres produits financiers, l’or physique conserve une fonction d’ancrage dans les portefeuilles en période de stress mondial. En effet, l’or est un actif durable qui n’est la dette de personne, et il couvre contre le risque monétaire, comme la dévaluation d’une monnaie qui réduit le pouvoir d’achat et l’épargne.
Fiscalité de l’or en France : un frein à la spéculation
Problème : en coexistant, les deux types d’or (financier et physique) contribuent à déterminer le prix de l’once… et, donc, parfois s’opposent. Cette lecture globale doit toutefois être nuancée dans le cas français. Car en France, la fiscalité limite fortement les stratégies spéculatives sur l’or physique. La taxe forfaitaire sur les métaux précieux, fixée à 11,5 % du prix de cession, pénalise les allers-retours rapides. Quant au régime des plus-values, il ne devient réellement avantageux qu’avec le temps, grâce à un abattement progressif menant à une exonération totale au bout de 22 ans.
Une logique patrimoniale favorisée par le cadre français
Autrement dit, plus la détention est longue, plus l’investisseur est favorisé. Un cadre fiscal qui incite clairement à une logique patrimoniale plutôt qu’à une logique de trading. C’est toute la singularité française. Là où le marché mondial transforme l’or en actif liquide, nerveux et parfois spéculatif, la France continue d’en faire un outil de conservation destiné au long terme.
Une demande mondiale soutenue pour l’or physique
Mais cette approche qui conforte le temps long semble néanmoins s’imposer par une logique évidente : avant d’être un produit financier, l’or est une matière première. Stabilisé autour des 4050 € l’once, soit 130 000 € le kilo, son prix reste élevé. Car, partout dans le monde, la demande d’or physique reste très importante ; que ce soit de la part des banques centrales, de l’industrie ou des épargnants particuliers. Toutefois, une résolution rapide du conflit en Iran aura sans doute pour effet de relancer l’or financier et donc d’augmenter le cours global du métal jaune avec à l’horizon, les prévisions bancaires qui voient l’once à 5500€ pour la fin de l’année.
Rédaction : Benjamin Cuq


